Je n’ai rien dit…

Je n’ai rien dit…

A la façon de … (Martin Niemöller ),

Quand ils nous ont dit : La loi du 31 juillet 1991 instaure la maîtrise des dépenses hospitalières.
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas économiste


Quand Claude Evin a parlé d’hôpital-entreprise à la fin des années 80,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas entrepreneur,


Quand les gouvernants ont mis en œuvre la gestion-comptable en 90, pour les hôpitaux,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas dirigeant,


Quand Sarkozy et Bachelot ont mis en œuvre la loi H.P.S.T qui a donné le pouvoir au « patron » de l’hôpital, le directeur et rendu une administration toute-puissante,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas administratif,

Quand la gestionnite bureaucratique s’est mise en place,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas gestionnaire,


Quand Hollande et Marisol Touraine, ont supprimé 17500 sites de santé et supprimé 17500 lits,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas comptable,


Quand quelque trois milliards d’euros d’économies furent prévues, dont 860 millions issus de la “maîtrise de la masse salariale”, c’est à dire la suppression de 22.000 postes, soit 2% des effectifs,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas fonctionnaire,

Quand les salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray à Sotteville-lès-Rouen (SeineMaritime), ont fait la grève de la faim en 2018,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.


Quand les services d’urgences se sont mis en grève en 2019,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas urgentiste.


Quand Macron et Buzyn se sont moqués du mouvement des soignants au cours des dix derniers mois,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas soignant,

Quand les sbires de Castaner sont venus réprimer les manifestants des hôpitaux,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas hospitalier.


Quand Macron a supprimé en 3 ans 4172 lits dans 3000 services de santé publique,
– Je n’ai rien dit, je n’étais pas hospitalisé,

Mais quand le coronaromachin, le Covid 19, est arrivé, qu’il nous est tombé dessus, Là, j’ai paniqué : ▪ Il n’y avait plus assez de lits pour les hospitalisations, plus assez de places en réanimation, ▪ Il n’y avait plus assez de soignants pour nous soigner, ▪ Il n’y avait pas assez de masques pour protéger les soignants

Face à la pénurie organisée depuis trente ans par ces gouvernants irresponsables appliquant la même politique néolibérale, ▪ ils ont commencé à trier les malades à soigner, ▪ à laisser de côté les malades et les soignants en psychiatrie, ▪ à isoler les personnes âgées dans les EPHAD, à les oublier.

Alors j’ai commencé à applaudir les soignants le soir à 20h., sans honte de n’avoir rien dit pendant toutes ces années J’ai donné le titre de « héros » à ces soignants, que je n’ai pas soutenus pendant ces onze mois, J’ai réalisé que le service public c’est très important, indispensable, dans notre pays,

Mais …, Quand est-ce qu’ENFIN vais-je DIRE ou HURLER quelque chose ?
Quand sera-t-il possible de commencer à se révolter vraiment ?
Quand sera-t-il possible de commencer à construire un autre monde ?
Quand sera-t-il possible d’inventer un nouveau système alternatif à la déshumanisation néolibérale et au chacun pour soi ?
Quand sera-t-il possible de mettre en œuvre une société où le collectif et le partage aillent de pair avec l’individu et le singulier ?
Quand y aura-t-il assez de monde pour se lever et être tous ensemble pour protéger la planète, instaurer la décroissance, une démocratie citoyenne à échelle humaine, privilégier l’humain sur la machine et sur l’économie, développer de nouvelles solidarités, de prendre le temps de vivre, de penser, de lire, … d’aimer ?

[1] Martin Niemöller était un pasteur luthérien allemand et un théologien (1892–1984) a écrit un poème sur la lâcheté des intellectuels allemands au moment de l’accession des nazis au pouvoir et des purges qui ont alors visé leurs ennemis, un groupe après l’autre. Niemöller était anti-communiste et a initialement soutenu l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler. Il se désillusionne avec les propos de Hitler sur la suprématie de l’État sur la religion, et finit par diriger un groupe de religieux opposants au régime. En 1937 il est arrêté et enfermé aux camps de concentration de Oranienburg-Sachsenhausen et Dachau. Il est libéré en 1945 par les Alliés.