COVID-19 UN VIRUS TRÈS POLITIQUE

COVID-19 UN VIRUS TRÈS POLITIQUE

LE JOUR D’APRÈS A DÉJÀ DÉBUTÉ

Patrick Silberstein

« Août 1940 : alors que la Luftwaffe écrasait Londres sous les bombes, les politiciens bourgeois britanniques eurent beaucoup de réticences à ouvrir le métro pour que la population puisse s’y réfugier. Il fallut l’intervention de la gauche – peu importe laquelle – pour qu’ils cèdent à ce besoin élémentaire. Par intervention, il faut entendre des prises de position, mais aussi des actions directes et une mobilisation. À ce moment particulier, l’Angleterre impériale – qui ne savait plus à quel saint se vouer – fut contrainte de céder à la pression populaire et à demander l’“aide” de son prolétariat pour faire face aux bombes et à l’hypothèse d’une invasion nazie »,

Peter Tatchell, Democratic Defense, Londres, Heretic Books, 19851.

« Nous venons de subir une incroyable défaite. À qui la faute ? […] À tout le monde, en somme, sauf à eux [nos généraux]. Quoi que l’on pense des causes profondes du désastre, la cause directe – qui demandera elle-même à être expliquée – fut l’incapacité du commandement »,

Marc Bloch, L’Étrange Défaite, Paris, Folio, 1992.

Si ces deux citations placées en exergue peuvent sembler anachroniques, voire déplacées, elles ouvrent, me semble-t-il, parfaitement à la compréhension de la situation dans laquelle nous a plongés le Covid-192 et à celle de la démarche éditoriale qui a conduit les éditions Syllepse à publier ce recueil. On peut spéculer et gloser sur les causes des atermoiements du pouvoir macroniste devant le déferlement de l’épidémie : « Sous-estimation des risques, mépris des expériences étrangères, habitus managérial néolibéral, court-termisme politicien, incompétence, etc. 3 » Il est certain qu’il est tout à fait nécessaire de se préparer à exercer notre devoir d’inventaire : d’abord pour demander des comptes aux responsables de cette « étrange défaite » et ensuite pour les renvoyer4. Cependant, notre choix éditorial n’est pas celui de revenir sur les « négligences » gouvernementales ni sur la destruction de la santé publique menée avec persévérance – de nombreuses publications s’en font l’écho depuis très longtemps. Nous avons choisi un autre éclairage : montrer les mille et une façons dont le mouvement social, dans sa diversité, en France et dans le monde, réagit pour faire face à la fois au virus, aux carences majeures de l’État et des fondés de pouvoir du capitalisme, au patronat, en construisant des solidarités et des réponses faisant la démonstration pratique de la nocivité des politiques néolibérales et de la possibilité d’une autre gestion de la société5. voir la suite